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[Edito du 25 mai 2018] La gratuité ne vaut plus grand chose !

Edito spécial RGPD Day de Ludovic Lecomte (@Ludo_L_)


Après être retombé récemment sur l’excellent ouvrage de Denis Guedj « La gratuité ne vaut plus rien«  (2000), et en mémoire de mes travaux universitaires sur la valeur des données de santé, je me suis demandé s’il était possible d’expliquer par des mathématiques simples la formule popularisée par Bruce Willis « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ! ».

Nous partirons d’abord du constat que la consommation de services Cloud ne cesse d’augmenter et que nous « offrons » de plus en plus de données personnelles à de plus en plus d’acteurs du web et à leurs partenaires. Malgré une prise en compte exacerbée des besoins de confidentialité avec la réglementation européenne sur la protection des données (RGPD), et d’après de récents statistiques, une grande partie de la population continue à faire preuve de générosité quand aux volumes de données personnelles traitées dans le Cloud.

Pour alimenter cette réflexion, nous allons choisir une donnée simple: le numéro de téléphone mobile personnel (📱)Cette donnée a une valeur « X » qui sera notre inconnue. Je note donc 📱= « X ». Je m’excuse par avance auprès des puristes, des raccourcis effectués dans la suite de cet article.

Maintenant, je repense à ce fameux slogan des années 90, « Tout ce qui a un prix peut être vendu moins cher ». En remerciant cette grande surface de son inventivité et ce cher Denis pour sa démonstration mathématique, je note 📱= « X » > 0€ (même si on sait que cette valeur tends vers 0 à l’infini car on pourra toujours trouver un numéro de téléphone moins cher).  

Essayons d’estimer plus précisément la valeur de « X”. Mon numéro de téléphone est fortement lié à mon abonnement téléphonique que je paye une vingtaine d’euros par mois. On note « X1” le prix du forfait téléphonique. On progresse : 📱>= « X1 ». Mais mon numéro de téléphone serait évidemment inutile sans mobile, cette dépendance permet donc d’ajouter des charges d’utilisation « X2 ». Donc  📱>= « X »+ »X1″+ »X2 ».

Mais où cela s’arrêtera-t-il ? Plus on avance et plus la valeur monétaire du numéro de téléphone mobile augmente. Ces valeurs successives forment une suite numérique positive strictement croissante dont la limite nous est encore inconnue 😊

Evoquons maintenant les risques et impacts pesant sur ce numéro de téléphone. Partant du principe qu’une diffusion non désirée de ce numéro sur la toile pourrait permettre à des milliers d’entreprises de me solliciter, me faisant par conséquent perdre du temps, et donc de l’argent « X4 ». La diffusion de ce numéro pourrait aussi permettre à des personnes malintentionnées de saturer ma ligne téléphonique, m’obligeant à investir dans une seconde ligne téléphonique « X5 ». Ce numéro pourrait être revendu à d’autres organismes pour une valeur « X6”. La liste est longue. On admettra que ces pertes potentielles viennent ajouter de la valeur à notre 📱.

Récapitulons : 📱>= « X »+ »X1″+ »X2″+ »X4″+ »X5″+ »X6 » . Vous l’aurez compris… Cette suite est loin de tendre vers la gratuité… Monsieur Guedj se serait-il trompé ? Aurait-il omis des variables 2.0 dans son analyse ? C’est évident. Nous étions bien avant l’explosion des services Cloud, et il faut l’avouer qu’on pensait encore que « la gratuité ne pouvait être vendue » avant les modèles économiques du web 2.0.

Youhou ! Nous avons donc attribué une valeur à notre numéro de téléphone personnel. Mais alors, si je confie 📱 gratuitement à un tier, le traitement de cette donnée devrait faire fluctuer cette valeur par la positive ou la négative. C’est inévitable ! Si l’entreprise l’utilise à bon escient, elle générera de la valeur ajoutée dans son processus métiers. Dans le cas où cette donnée ne serait pas utilisée correctement, alors j’expose mon numéro de téléphone personnel à des risques importants de vol ou divulgation qui me feront, in fine, perdre de l’argent. La valeur de 📱 est donc comparable à un produit financier qu’on placerait en bourse prenant le risque de gagner ou de perdre de l’argent.

C’est donc vrai, la gratuité ne vaut plus grand chose ! Lorsque je confie mes données personnelles à un service Cloud, c’est comme si j’allais jouer au casino en prenant le risque de sortir dépouillé. La prise de risques a, elle aussi, un coût. On boucle… Je conclurais donc en affirmant que : ”Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de prix que c’est gratuit”.

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